A 25 l'écrivain se résume son projet de vie : lire, écrire, faire l’amour. Qu'est-il advenu de cette belle pensée dans un triste bureau duquel il s'est sauvé ?

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"Lire, écrire, faire l’amour", c'est mon triptyque essentiel à 25 ans. J'ai doublé, d'âge et je reviens sur les circonstances de cette pensée puis ma vie...


Lire, écrire, faire l’amour

J’ai 25 ans, nous sommes trois dans un bureau, le directeur informatique en a une quinzaine en plus et « le p’tit chef » approche la cinquantaine. Je n’ai jamais su leur âge exact.
Je souris et retiens au bord des lèvres « lire, écrire, faire l’amour. »
Ils voulaient bien m’accorder une dernière chance. Eu égard à mes « indéniables qualités » et la mise en place dans les délais du nouveau contrat automobile, si essentiel pour l’entreprise, sept mois plus tôt.
Elle ne m’intéressait pas, leur chance. Je préférais un accord transactionnel. C’est ainsi qu’exaspéré, M. Le directeur informatique lançait un furibond « que comptez-vous faire de votre vie ? »


En vidéo : "Lire, écrire, faire l’amour"




L’endroit n’encourageait guère à philosopher ! Je les ai donc privés de mon triptyque, me limitant à « écrire. » Aussitôt renvoyé dans le domaine du rêve par l’homme le plus ambitieux de la pièce « on ne gagne pas sa vie avec de la littérature. Quand on n’a pas de relations ! »
Je les ai, forcément, retrouvés sur Internet, mes supérieurs hiérarchiques. Aucune envie de les contacter mais juste d’observer leur réussite. Le plus âgé coule une retraite aisée en affichant ses nombreux voyages sur facebook, en s’activant au sein d’une association de collectionneur de capsules de champagne. Quant à son cadet, il a fini directeur général du grand groupe pour l’Océan Indien… d’où il fut rapatrié en urgence, mis en pré-retraite avec une indemnité de licenciement de 1,2 million d'euros et se permit d’être absent lors de son procès au tribunal correctionnel où il fut condamné à sept mois de prison avec sursis, reconnu coupable de harcèlement moral à l'encontre d’employés. Selon les pages consultées et visiblement incontestées. Qu’est-ce qu’il doit s’emmerder sans la frénésie des responsabilités, sans troupes à "motiver", sans pouvoir à exercer, sans l’impératif du compétitif et rentable à inculquer.

Les deux, naturellement, figurent parmi mes inconditionnels lecteurs et ne manqueront pas de commenter ce « lire, écrire, et faire l’amour. » Mais non… souvent naïf mais pas à ce point… c’est une plaisantriste. 25 ans plus tard, chacun ses échecs ! Moi, j’ai couru, j’ai couru, après cet idéal sentimental et littéraire. La lecture enjolive encore nombre de mes heures, sans toutefois parvenir à m’éviter certains spleens, mes écrits circulent peu même si des textes de chansons m’octroient quelques droits d’auteur rarement versés par la sacem mais qui permettent « d’entretenir l’illusion » et valider mon « projet d’insertion professionnelle » indispensable à ma survie sociale ! Car à notre époque, sauf miracle, la poursuite de ce triptyque ne correspond pas au modèle social souhaité ! On se désintéresse de trop d’éléments prétendus essentiels.

Echec oui, non pas dans votre sens social et financier, car même si je me suis laissé parfois distraire par notre époque, j’ai lu, écrit et fait l’amour, toutefois sans jamais atteindre l’harmonie avec la Femme merveilleuse soucieuse de cet équilibre.
Ce fut presque le cas… mais il y eut des « incidents. » Dont le pire de tous, la… disparition.

J’ai cinquante ans et s’amenuise la possibilité d’atteindre l’inaccessible étoile. Donc il me reste à raconter ? Dans mes tribulations sentimentales insatisfaisantes, souvent ce titre revenait comme celui d’un récit. C’était l’échappatoire de l’histoire foireuse. Mais désormais, écrire semble tellement dérisoire. Néanmoins comme le vieux pommier, avec le peu de sève restante, nous offre une dernière petite production, j’écris, je vous la donne, cette orientation, sous la forme de quelques paragraphes, d’une vidéo. D’autres encouragent les jeunes à souhaiter devenir milliardaires, d’autres souhaitent la prospérité de leurs administrés chargés d’éponger les dettes de leur gestion pharaonique et catastrophique. Et parfois, les dernières pommes pourrissent sur l’arbre quand nul ne se soucie d’un vieux pommier.

2019 - Auteur : Stéphane Ternoise (755603)





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Article du 03 mars 2019 à 17 : 45.


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